Les auditions dans l'« affaire Guen » se poursuivent devant la Cour Pénale Spéciale à Bangui, une procédure judiciaire d'importance qui examine des allégations graves. La journée du mardi 2 juin a été entièrement consacrée à l'interrogatoire approfondi d'Edmond Beïna, l'un des accusés clés de cette affaire complexe. Devant la Cour, l'accusé nie catégoriquement toute implication dans les faits qui lui sont reprochés et dément avec insistance appartenir au mouvement Antibalaka. Cette position ferme a marqué le début de son audition. L'audience a été suspendue à l'issue de cette première journée et reprendra le 4 juin avec la continuation de son interrogatoire, promettant de nouveaux développements dans cette affaire.
Contradictions sur son arrivée à Guen
Au cœur des débats, Edmond Beïna est présenté par l'accusation comme le chef d'un groupe Antibalaka. Ce groupe serait venu spécifiquement de Tédoua, une localité située dans la préfecture de la Nana-Mambéré, avec pour mission de combattre les éléments de la Séléka présents à Guen. Cependant, Beïna a opposé à cette version une explication personnelle de son déplacement, déclarant être venu à Guen dans un but tout autre : rejoindre sa seconde épouse et son enfant. Cette affirmation contredit de manière significative les déclarations faites par l'accusé au cours de l'enquête préliminaire menée précédemment. Lors de cette enquête, il avait en effet affirmé s'être rendu à Guen à la demande expresse d'un individu nommé Jeudi, décrit comme le chef d'un groupe Antibalaka luttant activement contre les éléments de la Séléka. Face à la Cour, Beïna a également soutenu avoir voyagé seul et à pied pour se rendre à Guen, n'étant alors armé que d'une arme artisanale, minimisant ainsi toute notion de déplacement organisé ou militaire.
Ignorance de l'organisation Antibalaka
Durant son interrogatoire, Edmond Beïna a reconnu que des éléments Antibalaka étaient déjà présents dans la région de Guen bien avant son arrivée. Malgré cette reconnaissance, il a affirmé ne rien savoir de l'organisation interne des groupes Antibalaka, de leurs bases opérationnelles ou de leurs méthodes de financement, se présentant comme un observateur non impliqué. Cependant, cette déclaration entre en contradiction avec des informations qu'il avait lui-même fournies au cours d'audiences précédentes. Il avait notamment fait état de l'existence d'une base Antibalaka située chez un certain Bangara. Il avait également mentionné que Paul, identifié comme un chef de groupe, collectait régulièrement des fonds auprès de la population locale, ces sommes étant destinées à l'achat de munitions pour les combattants. Ces éléments soulèvent des questions sur l'étendue réelle de sa connaissance de l'organisation Antibalaka.
Mysticisme et vaccination démentis
La Cour Pénale Spéciale a également abordé un aspect sensible de l'affaire : la question de la vaccination mystique des combattants Antibalaka, une pratique souvent associée à la protection et à l'invincibilité. Dans ses procès-verbaux d'interrogatoire réalisés lors de l'enquête préliminaire, Edmond Beïna avait déclaré que des éléments Antibalaka avaient été vaccinés par un individu nommé François Boybanda, suggérant une implication dans ces rituels. Cependant, devant la cour, il a radicalement changé de position, niant toute connaissance de cette vaccination et affirmant n'avoir jamais été vacciné lui-même. Il a également déclaré de manière catégorique ne connaître aucun marabout au sein du groupe Antibalaka, cherchant à se distancier de toute pratique mystique liée aux combattants.
Arrestation et suite de l'audience
Edmond Beïna a détaillé les circonstances de son arrestation devant la Cour Pénale Spéciale, fournissant un récit des événements qui ont conduit à sa comparution. Il a expliqué avoir été appréhendé par les forces de la police centrafricaine alors qu'il effectuait des achats au marché de Tédoua, un lieu public et fréquenté. Cette déclaration intervient dans le cadre de son interrogatoire prolongé, où il continue de rejeter avec constance toute implication dans les activités Antibalaka et de nier son appartenance au mouvement. L'audience a été suspendue à l'issue de cette journée d'audition intense et doit reprendre prochainement, le 4 juin, avec la suite de son audition, où la Cour Pénale Spéciale tentera de démêler les contradictions et d'établir la vérité des faits.