Le 15 mai dernier, le président Faustin-Archange Touadéra a reconduit Félix Moloua au poste de Premier ministre en Centrafrique, marquant le début d'un nouveau mandat pour le chef du gouvernement. Cet article se penche sur le bilan sécuritaire de la nation centrafricaine, cent jours après cette nomination, offrant une perspective sur les défis et les dynamiques de sécurité à travers le pays. Il examine l'évolution de la situation sur le terrain, notamment dans les régions frontalières et les zones précédemment affectées par les groupes armés, qui continuent de représenter une menace significative pour la stabilité. Les défis persistants et les avancées réalisées en matière de stabilité sont au cœur de cette évaluation, dressant un tableau des enjeux sécuritaires actuels du pays et de la réponse des autorités face à ces menaces.
Attaques meurtrières et enlèvements
Les incidents sécuritaires ont marqué la période des 100 premiers jours du nouveau mandat de Félix Moloua, notamment dans l'est du pays, une région fréquemment touchée par l'instabilité. Dans le Haut-Mbomou, le vicaire de la paroisse de Zémio, Crépin Monga, a été tragiquement tué le 29 juin par une milice identifiée comme A Zandés Ani Kpi Gbé. Cet acte a ravivé les craintes concernant la sécurité des civils et des acteurs humanitaires dans cette zone. Parallèlement, des enlèvements répétés ont également été signalés près d'Obo et Bambouti, des actes attribués à la tristement célèbre Armée de Résistance du Seigneur (LRA), qui continue de semer la terreur dans la région.
Le 30 juin, une attaque menée par la coalition rebelle ASP sur Amdafock a provoqué la mort d'au moins 28 personnes et le déplacement de près de 18 000 civils, selon les Nations unies, illustrant l'ampleur des conséquences humanitaires de ces violences. Des hommes armés non identifiés ont par ailleurs attaqué le village de Matala, situé à 5 kilomètres de Birao, environ dix jours avant la déclaration de Moussa Radjab, faisant des morts et des blessés parmi la population locale. Ces incidents, caractérisés par leur brutalité, déstabilisent des communautés déjà vulnérables.
Un événement particulièrement choquant s'est produit le 30 juillet, lorsque un géologue suisse et son aide de camp ont été assassinés par des hommes armés non identifiés sur le site minier de Gbango-Carrière, près de Damara. Ces événements soulignent une recrudescence des violences et des activités de groupes armés dans plusieurs régions, mettant en lumière la complexité de la situation sécuritaire et la diversité des acteurs impliqués dans les actes de violence.
Groupes armés actifs et menaces persistantes
La persistance de groupes armés constitue un défi majeur pour la stabilisation de la Centrafrique. Des hommes armés, assimilés à des éléments du groupe 3R, continuent de terroriser les habitants des localités de Boali, Bouca et Batangafo depuis plusieurs mois. Ces agissements contribuent à l'insécurité dans l'Ouham-Fafa et l'Ombella-Mpoko, régions où la population civile est régulièrement confrontée à des exactions, des pillages et des violences. La présence de ces groupes perturbe la vie quotidienne et les activités économiques locales, maintenant une pression constante sur les communautés et entravant toute tentative de retour à la normale.
Des éléments de l'ancienne coalition rebelle CPC, malgré les efforts de désarmement, persistent dans la brousse, où ils se livrent à des actes de brigandage. Ces individus ciblent notamment les agriculteurs, les dépossédant de leurs récoltes et de leurs biens, ce qui aggrave la précarité alimentaire et économique des populations rurales. Ces attaques affectent directement la production agricole et la sécurité alimentaire des populations, déjà fragilisées par des années de conflit et de déplacements. La persistance de ces groupes armés représente un défi majeur pour la stabilisation des zones rurales de Centrafrique et la restauration de l'autorité de l'État.
Réponse gouvernementale et renforcement militaire
Face à ces défis sécuritaires persistants et à la nécessité de restaurer l'ordre et la sécurité sur l'ensemble du territoire, le gouvernement centrafricain tente de réagir en renforçant les effectifs de l'armée nationale. Cette stratégie vise à accroître la capacité de l'État à protéger ses citoyens et à lutter contre les groupes armés. Dans ce cadre, près de 600 nouvelles recrues ont été présentées le 10 août dernier au Camp Kassaï, situé à Bangui, lors d'une cérémonie symbolique. Cette initiative vise à accroître la capacité opérationnelle des Forces armées centrafricaines (FACA) sur l'ensemble du territoire, en particulier dans les zones les plus affectées par l'insécurité. L'intégration de ces nouvelles troupes s'inscrit dans une stratégie plus large de stabilisation des régions affectées par les groupes armés et le brigandage, comme en attestent les incidents récents dans le Haut-Mbomou, l'Ouham-Fafa et l'Ombella-Mpoko, où le besoin de présence militaire est clé. Le renforcement des FACA est perçu comme une étape essentielle vers la consolidation de la paix et la protection des populations.