Une fuite audio diffusée sur Facebook et WhatsApp, datée du 27 mai 2026, révèle des discussions concernant un complot visant à renverser le régime du Président Faustin-Archange Touadéra en République Centrafricaine. L'enregistrement met en cause Karim Mekassoua et évoque une recherche de soutien auprès du Président congolais Denis Sassou Nguesso. Suite à cette fuite, Bida Koyagbalé et Sani Yalo ont été convoqués par la justice pour être interrogés à partir du 25 mai. Les deux individus ont initialement refusé de comparaître devant les autorités judiciaires, nécessitant l'intervention personnelle du Président Touadéra pour qu'ils se présentent. Cette situation a mis en lumière la gravité des allégations et la tension palpable au sommet de l'État.
Implication des figures clés
Bida Koyagbalé, conseiller ministre chargé des grands travaux à la présidence, et Sani Yalo, président du conseil d'administration du Bureau africain de routage commercial (BARC), sont cités dans l'affaire. Leur implication présumée est au cœur de l'enquête ouverte après la diffusion de l'enregistrement audio. Ces deux personnalités, figures bien connues de la scène politique et économique centrafricaine, se retrouvent ainsi sous le feu des projecteurs judiciaires.
Sani Yalo aurait, selon les allégations, injecté près de 200 millions de FCFA pour les festivités du parti au pouvoir. Ces fonds sont évoqués dans le contexte des discussions autour du complot présumé, suggérant un lien entre les ressources financières et les ambitions politiques. Des informations font état des ambitions politiques de Sani Yalo, qui aurait visé à remplacer l'actuel Premier ministre, Félix Moloua, ou à obtenir le poste de Vice-Président. Ces aspirations sont rapportées comme ayant pu motiver son rôle dans les allégations de complot, le plaçant au centre d'une intrigue complexe.
Passé judiciaire de Sani Yalo
Sani Yalo est décrit comme un « mafieux né » et le principal financier du parti au pouvoir, selon des sources proches du dossier. Son passé est marqué par des accusations d'implication dans le détournement de plusieurs milliards de FCFA via Zongo Oil, sous la présidence de Patassé. Ces allégations remontent à une période où Yalo était déjà une figure controversée, son nom étant associé à des malversations financières de grande envergure.
En 2002, il a été arrêté au Cameroun avant d'être extradé vers la République Centrafricaine pour répondre de ces accusations. Le tribunal de Bangui l'a ensuite condamné en août 2006 à huit ans de prison ferme pour fraude, faux et usage de faux, ainsi que pour corruption. Cette condamnation, lourde de conséquences, n'a cependant pas mis fin aux controverses entourant Sani Yalo. Malgré cette condamnation, des accusations ultérieures le désignent comme ayant financé et utilisé simultanément les rebelles Séléka et les milices Anti-Balaka pour acquérir des « diamants de sang ». Ces allégations jettent une ombre encore plus sombre sur ses activités, le liant à des conflits armés et à des pratiques illicites de financement. Dix ans après sa condamnation, Sani Yalo a été nommé à la tête du Bureau africain de routage commercial (BARC) en août 2016, une nomination qui avait à l'époque soulevé des questions compte tenu de son passé judiciaire.
Accusations contre Bida Koyagbalé
Bida Koyagbalé est décrit comme une personnalité à la moralité douteuse, ayant dilapidé la fortune de son père selon des sources proches du dossier. Cette perception est relayée dans le contexte des allégations de complot, suggérant un profil de gestionnaire peu scrupuleux. Monsieur Koyagbalé est également connu pour ses propositions de projets financiers, notamment la « Tourougou Banque » destinée au personnel militaire et la « Yaka-Banque » ciblant les agriculteurs. Ces initiatives témoignent de son implication dans le secteur bancaire et des services financiers, cherchant à créer de nouvelles structures financières dans le pays. Bida Koyagbalé est endetté auprès d'Ecobank Centrafrique, ayant contracté des prêts significatifs sur les actifs de son père. Cette situation financière ajoute un élément au profil de l'individu mis en cause dans l'affaire, soulevant des interrogations sur sa gestion personnelle et ses motivations.
Contexte et ramifications politiques
Ces allégations de complot interviennent dans un contexte politique tendu en République Centrafricaine, où le Président Faustin-Archange Touadéra fait face à diverses pressions. L'implication présumée de figures telles que Sani Yalo et Bida Koyagbalé, déjà mentionnés dans des affaires antérieures, note des défis persistants en matière de gouvernance et de transparence au sein de l'élite dirigeante. La recherche de soutien auprès du Président Denis Sassou Nguesso, telle qu'évoquée par Karim Mekassoua dans l'enregistrement, met en lumière les dynamiques régionales et les influences extérieures sur la stabilité du pays. Cette affaire pourrait potentiellement modifier les équilibres politiques internes, notamment autour du poste de Premier ministre Félix Moloua, et intensifier les tensions au sein de l'élite dirigeante de Bangui, menaçant de déstabiliser davantage un paysage politique déjà fragile. L'évolution de l'enquête et les décisions judiciaires à venir seront déterminantes pour l'avenir politique de la République Centrafricaine.