La propagande gouvernementale face à la réalité sécuritaire en Centrafrique

Le grand sorcier de Carnot, Evariste Ngamana, porte-parole du gouvernement centrafricain
Photo via Corbeaunews-centrafrique

En République Centrafricaine, le gouvernement a tenté de présenter la situation sécuritaire à Amdafok comme une victoire patriotique, tandis que la population observe ce qu'elle perçoit comme de l'amateurisme et de la propagande. L'article note que les citoyens de République Centrafricaine jugent « intangibles » ces discours gouvernementaux. Cette tentative de cadrer les événements comme un succès national est perçue par beaucoup comme une manœuvre visant à masquer des lacunes profondes dans la gestion de la sécurité du pays. La divergence entre le récit officiel et l'expérience vécue par les citoyens est devenue un point de discorde majeur, sapant la confiance dans les communications gouvernementales.

Selon l'article, « Entendre le Grand Sorcier de Carnot disserter à la radio nationale sur l’indépendance de la République Centrafricaine relève de la pure comédie politique. » L'auteur s'interroge, « Comment ose-t-on parler d’« intangibilité du territoire » et de « souveraineté nationale » quand le pouvoir est incapable de sécuriser ses frontières sans sous-traiter sa défense au groupe des mercenaires ? » L'article ajoute que « Voir un gouvernement se vanter de protéger sa Constitution en installant une armée des mercenaires étrangers sur son propre sol démontre à quel point les mots n’ont plus aucun sens pour les autorités de Bangui. » Ces critiques acerbes illustrent le fossé entre les proclamations officielles et la réalité perçue par une partie de la population et des observateurs.

Le discours officiel contesté

Le discours gouvernemental sur l'intangibilité territoriale et la souveraineté nationale est qualifié d'hypocrite par plusieurs observateurs. Cette rhétorique est jugée en contradiction avec la dépendance du pouvoir vis-à-vis de forces étrangères pour assurer sa sécurité, comme l'indiquent certains critiques. Cette hypocrisie perçue est d'autant plus flagrante que le gouvernement s'efforce de projeter une image de contrôle total et d'autonomie, alors que les faits sur le terrain semblent démentir ces affirmations. La notion même de souveraineté nationale est remise en question lorsque la capacité de l'État à défendre ses propres frontières repose principalement sur des acteurs extérieurs.

Le gouvernement centrafricain est également accusé d'attribuer ses échecs sécuritaires à une agression extérieure. Implicitement ou explicitement, des accusations sont dirigées vers des pays voisins comme le Tchad et le Soudan, ou vers la France. Ces allégations sont perçues par des analystes comme une tentative de détourner l'attention des problèmes internes de gestion de la sécurité. En pointant du doigt des menaces externes, les autorités chercheraient à éluder leur propre responsabilité dans la détérioration de la situation sécuritaire, une stratégie qui, selon les critiques, ne fait qu'exacerber la méfiance du public.

La dépendance aux mercenaires

La défense du territoire centrafricain est principalement attribuée aux mercenaires russes du groupe Wagner, et non aux forces armées centrafricaines régulières. De jeunes recrues ainsi que d'anciens rebelles de l'UPC et du MPC ont été déployés lors de la contre-offensive, selon des sources. Ces recrues et ex-rebelles ne maîtriseraient pas le sango, la langue nationale, ce qui soulève des questions sur leur intégration et leur commandement au sein des opérations. Cette situation contraste avec les discours officiels sur la souveraineté nationale et la capacité de l'État à assurer sa propre sécurité. L'engagement de ces acteurs non étatiques pour des missions de défense met en lumière la dépendance du gouvernement centrafricain vis-à-vis de forces externes. Cette externalisation de la défense nationale, en particulier à des groupes dont la loyauté première ne va pas à l'État centrafricain, est vue comme un signe de faiblesse et une compromission de la souveraineté.

Implications et réalité sur le terrain

Le gouvernement a été accusé d'avoir menti pendant cinq jours concernant la reprise de la ville d'Amdafok. Cette allégation met en lumière un décalage entre les déclarations officielles et la situation sur le terrain. De tels écarts peuvent miner la confiance du public dans la communication gouvernementale et soulever des questions sur la transparence des opérations sécuritaires. La perception d'une divergence entre le discours public et la réalité est un enjeu majeur pour l'administration et sa crédibilité auprès des citoyens. Cette situation, si avérée, pourrait renforcer l'idée que les autorités privilégient une narration favorable plutôt qu'une information fidèle sur les événements militaires. La persistance de cette approche risque d'éroder davantage la légitimité du gouvernement aux yeux de sa population, qui aspire à une information claire et honnête sur les défis sécuritaires qui affectent directement leur quotidien.