Le monopole pétrolier en Centrafrique : un poids économique insoutenable

Touadera escorté par des casques bleus rwandais
Photo via Corbeaunews-centrafrique

Un rapport du CPCS, commandé par le PNUD et rendu public le 21 octobre 2025, détaille les répercussions économiques du contrat pétrolier exclusif en République Centrafricaine. Ce document analyse les conséquences directes de l'accord liant l'État à l'entreprise Neptune Oil.

L'exclusivité accordée à Neptune Oil entraîne une surcharge annuelle de 29 milliards de FCFA pour les consommateurs ainsi que pour le gouvernement. Ce montant représente le surcoût financier engendré par le monopole, comparativement aux tarifs qui auraient été pratiqués en l'absence de cet engagement contractuel spécifique. Les autorités font face à cet impact budgétaire documenté par les experts du CPCS.

Un contrat aux conséquences financières

Neptune Oil, entreprise camerounaise établie en 2009, occupe une place centrale dans le secteur pétrolier en République Centrafricaine. Ce partenaire exclusif de l'État ne dispose pourtant d'aucun enregistrement légal au sein du pays. Cette absence de statut juridique formel sur le territoire centrafricain entraîne une situation fiscale particulière. Neptune Oil ne s'acquitte d'aucun impôt sur les sociétés auprès de l'administration locale. Les activités menées par l'entreprise se déroulent ainsi en dehors du cadre fiscal habituel imposé aux opérateurs économiques nationaux et internationaux. Le fonctionnement de cet acteur, malgré son rôle prépondérant dans l'approvisionnement en hydrocarbures, soulève des questions sur la régularité de son implantation commerciale. Les autorités centrafricaines maintiennent cet accord malgré le manque de revenus fiscaux directs issus des opérations de cette société.

L'impact sur les prix nationaux

L'écart de prix du carburant en République Centrafricaine par rapport aux pays voisins a connu une progression marquée. Entre 2018 et 2023, cette différence tarifaire s'établissait à 0,50 dollar par litre. Ce différentiel a doublé pour atteindre 1 dollar par litre. Dans ce contexte, le prix d'un litre d'essence s'élève actuellement à 1,78 USD sur le marché intérieur.

Les modalités d'approvisionnement ont parallèlement subi des transformations logistiques importantes. La part des importations pétrolières acheminées par voie fluviale a chuté de manière significative. Alors que ce mode de transport représentait 87 % des volumes en 2020, il ne représentait plus que 38 % du total en 2024. Cette mutation des circuits d'acheminement impacte directement la structure des coûts logistiques supportés par les acteurs du secteur.

Les répercussions de ces tarifs élevés affectent une population dont la majorité vit dans une précarité marquée. Selon les données disponibles, 72 % de la population en République Centrafricaine vit sous le seuil de pauvreté. Ce niveau de vulnérabilité économique limite la capacité des ménages à absorber les fluctuations des prix des hydrocarbures, alors même que le coût de l'essence demeure fixé à 1,78 USD. Le basculement du transport fluvial vers d'autres modes d'acheminement, corrélé à l'augmentation de l'écart de prix régional, place les consommateurs dans une situation de dépendance accrue vis-à-vis des tarifs pratiqués sur le territoire national.