Martin Ziguélé dénonce une République centrafricaine en déclin sous Touadéra, appelant à un dialogue urgent

Martin Ziguélé
Photo via Corbeaunews-centrafrique

L'ancien Premier ministre centrafricain Martin Ziguélé a récemment formulé de vives critiques concernant la gestion du pays sous la présidence de Faustin-Archange Touadéra, affirmant avec force que la République centrafricaine est plongée dans un déclin alarmant. Ses déclarations, faites publiquement, mettent en lumière une situation socio-économique et politique qu'il juge profondément préoccupante et aux conséquences désastreuses pour la population. Elles interviennent dans un contexte où les indicateurs sociaux et économiques peignent un tableau sombre de la nation. En 2016, les données indiquaient que 52% des Centrafricains vivaient avec moins de deux dollars par jour, un seuil de pauvreté déjà élevé qui témoignait de défis structurels persistants.

Aujourd'hui, cette situation s'est encore aggravée, avec 67% des Centrafricains vivant avec moins de deux dollars par jour, selon les statistiques de la Banque mondiale citées par Martin Ziguélé lui-même, soulignant une détérioration significative des conditions de vie. La République centrafricaine figure également au 144e rang sur 146 pays dans l'indice de développement humain (IDH) du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) pour la période 2025-2026, ce qui note des défis majeurs et persistants en matière de développement humain, d'éducation, de santé et de niveau de vie. Martin Ziguélé a aussi déploré un climat de répression généralisé, affirmant que « personne ne peut s'exprimer, personne ne peut protester » dans le pays, ce qui, selon lui, étouffe toute forme d'opposition ou de critique constructive.

Profonde misère économique et sociale

Martin Ziguélé a particulièrement insisté sur la dégradation continue et rapide des conditions de vie des Centrafricains. Il a affirmé qu'aujourd'hui, 67% d'entre eux vivent avec moins de deux dollars par jour, un chiffre qu'il a précisé provenir des statistiques officielles de la Banque mondiale, conférant ainsi une base factuelle à ses allégations. L'ancien Premier ministre a utilisé une formule choc pour résumer l'ampleur de cette pauvreté endémique, déclarant que « À peu près trois Centrafricains sur quatre vivent dans la misère ». Cette proportion met en évidence une crise humanitaire et économique profonde, touchant la quasi-totalité de la population. Il a également averti que « La situation de notre pays sur tous les plans est gravement compromise », soulignant une menace systémique sur l'avenir de la nation.

Dans ce contexte économique déjà difficile, Martin Ziguélé a constaté l'effondrement total de toutes les filières agricoles du pays. Cette situation est d'une gravité particulière pour une économie majoritairement rurale, car elle prive une grande partie de la population de ses moyens de subsistance essentiels et compromet la sécurité alimentaire. L'effondrement des filières agricoles a, selon lui, conduit à une absence quasi totale d'activité économique structurée et viable. Selon ses propos, il n'existe « même pas d’activité économique dans le vrai sens du terme » en République centrafricaine, ce qui signifie que le tissu productif est inexistant ou gravement dégradé, sans perspective de création de richesse ou d'emplois. Cette absence d'activités productives entrave toute perspective de progrès économique et social, maintenant le pays dans un cycle de pauvreté.

L'ancien chef du gouvernement a par ailleurs déploré que le pays ne soit « même pas sur la voie du développement ». Cette affirmation catégorique met en lumière l'absence de dynamisme économique, d'investissements significatifs et de progrès social notable sous l'actuelle administration. Pour Martin Ziguélé, la République centrafricaine ne se contente pas de stagner, elle recule dans de nombreux domaines clés du développement national, allant de l'accès aux services de base à la création d'opportunités pour ses citoyens. Les critiques de Martin Ziguélé dressent ainsi un tableau sombre de la situation actuelle, insistant sur le recul et l'absence de toute trajectoire positive pour le pays.

Critiques de la gouvernance constitutionnelle

Martin Ziguélé a également étendu ses critiques à la gouvernance constitutionnelle sous la présidence de Faustin-Archange Touadéra, en particulier suite à la révision de la loi fondamentale. Il a affirmé que la constitution adoptée a été spécifiquement rédigée dans le but de permettre au président de rester indéfiniment au pouvoir, remettant en question la légitimité et la finalité démocratique de cette réforme. L'ancien Premier ministre a dénoncé cette révision constitutionnelle comme un instrument cynique et délibéré de pérennisation du pouvoir en place, au détriment des principes démocratiques et de l'alternance.

Selon Martin Ziguélé, une distinction inédite et potentiellement dangereuse a été introduite dans la nouvelle loi fondamentale entre les « Centrafricains d’origine » et d’autres catégories de citoyens. Cette modification de la citoyenneté est perçue par l'opposant comme une source potentielle de divisions profondes et d'inégalités au sein de la population, risquant de créer des citoyens de seconde zone et d'attiser les tensions communautaires. Il a souligné les implications néfastes d'une telle disposition pour la cohésion nationale et l'égalité devant la loi.

Un autre point de critique majeur soulevé par Martin Ziguélé concerne la suppression du droit de l'Assemblée nationale de contrôler les emprunts extérieurs et la gestion des ressources naturelles du pays. Cette mesure, d'après lui, affaiblit considérablement le pouvoir législatif, qui perd une de ses prérogatives essentielles de surveillance de l'exécutif. Elle réduit drastiquement la transparence dans la gestion des finances publiques et des richesses naturelles du pays, ouvrant la voie à une opacité potentiellement propice à la corruption et à une mauvaise gestion. Il considère cette suppression comme un recul démocratique majeur, compromettant la bonne gouvernance et la responsabilité des dirigeants envers le peuple centrafricain.

Appel à un dialogue politique urgent

Martin Ziguélé a par ailleurs affirmé que le régime en place bénéficie d'un soutien prédominant et controversé de la part des mercenaires du groupe Wagner. Selon l'ancien Premier ministre, « le plus grand soutien de ce régime, ce sont les mercenaires du groupe Wagner ». Cette déclaration met en lumière l'influence grandissante et la dépendance du pouvoir centrafricain vis-à-vis de cette organisation paramilitaire étrangère, soulevant des questions sur la souveraineté nationale et la légitimité du gouvernement. Cette présence de forces extérieures est perçue comme un facteur de déstabilisation et une entrave à la mise en place d'une gouvernance réellement centrafricaine.

Face à cette situation complexe et critique, Martin Ziguélé a réclamé avec insistance un dialogue politique inclusif pour sortir le pays de l'impasse actuelle. Il a souligné l'importance clé de cette démarche pour l'avenir de la République centrafricaine, estimant qu'il s'agit de la seule voie possible pour restaurer la paix civile et jeter les bases d'un développement durable. L'ancien chef du gouvernement a insisté sur la nature impérative et non négociable de cette discussion, qui devrait rassembler toutes les forces vives de la nation.

Pour Martin Ziguélé, un tel dialogue n'est pas une simple alternative parmi d'autres, mais une condition sine qua non pour éviter une catastrophe encore plus grande. « Le dialogue n’est pas une option, c’est une nécessité », a-t-il déclaré avec conviction, ajoutant que « C’est une urgence. » Ces propos soulignent le caractère pressant et vital d'une concertation nationale élargie, capable d'aborder de manière exhaustive et transparente les problèmes économiques, sociaux et politiques qui minent le pays. Il s'agit, selon lui, d'un appel à la responsabilité collective pour trouver des solutions consensuelles aux défis multidimensionnels auxquels est confrontée la République centrafricaine.