Le 12 juin marque la Journée mondiale contre le travail des enfants, une occasion pour la communauté internationale de renouveler son engagement contre cette pratique. Cette année, la journée est célébrée sous le thème « Carton rouge au travail des enfants », appelant à une mobilisation accrue pour éradiquer l'exploitation des mineurs. Cette journée mondiale, observée chaque année, vise à sensibiliser le public et les décideurs aux défis persistants liés au travail des enfants à travers le monde. Le thème de cette année, « Carton rouge au travail des enfants », met particulièrement l'accent sur la nécessité d'une action collective et déterminée pour mettre fin à cette violation des droits fondamentaux des jeunes.
Un cadre légal protecteur
La République centrafricaine dispose d'un cadre juridique visant à protéger les mineurs. Ce cadre légal est essentiel pour garantir les droits des enfants et lutter contre leur exploitation. Le Code de protection de l’enfant a été adopté en 2020, marquant une étape significative dans la législation nationale. Cette législation interdit expressément l'exploitation économique des mineurs, ainsi que tout travail susceptible de nuire à leur santé, leur éducation ou leur développement. Ces dispositions visent à créer un environnement sûr et propice à l'épanouissement des enfants, en les protégeant des dangers inhérents à certaines formes de travail.
Plus précisément, l'Article 393 du Code de protection de l’enfant sanctionne le recrutement d'enfants dans les pires formes de travail. Les peines prévues incluent des emprisonnements allant d'un à cinq ans et des amendes pouvant atteindre cinq millions de francs CFA. Ces sanctions pénales soulignent la gravité avec laquelle le législateur centrafricain considère ces infractions. Les sanctions sont doublées en cas de récidive pour les infractions liées au travail des enfants, soulignant la volonté de dissuasion du législateur. Cette mesure vise à renforcer l'application de la loi et à décourager toute tentative répétée d'exploitation des mineurs, envoyant un message clair sur l'engagement du pays à protéger sa jeunesse.
La réalité des enfants vendeurs
Malgré ce cadre légal protecteur, des enfants de moins de 18 ans sont observés en train de s'engager dans la vente de rue, en particulier durant les vacances scolaires. Cette pratique met en lumière un décalage préoccupant entre la loi et la réalité quotidienne de nombreux jeunes Centrafricains.
Viviane, âgée de 16 ans, marche chaque jour plus de cinq kilomètres pour vendre des bananes. Son témoignage illustre les difficultés rencontrées par ces jeunes. « Ma petite sœur vend des concombres et moi des bananes. Pour elle, la recette attendue est de 1 500 francs CFA et pour moi de 500 francs CFA », déclare Viviane. La recette quotidienne attendue pour Viviane est de 500 francs CFA, tandis que celle de sa sœur Ella est de 1 500 francs CFA. Viviane et Ella vendent devant l’hôpital communautaire et rentrent chez elles vers 11 heures. Viviane ajoute : « Nous quittons la maison tôt le matin pour venir vendre devant l’hôpital communautaire. Nous rentrons vers 11 heures afin de remettre l’argent à notre mère. Elle est déjà vieille. Avec cet argent, elle achète des semences pour son champ et s’occupe également de nous. » Leur contribution financière est devenue indispensable au maintien de leur foyer.
Ella, âgée de 11 ans, parcourt chaque jour plus de cinq kilomètres pour vendre des concombres. Sa recette quotidienne attendue s'élève à 1 500 francs CFA. Cette jeune fille, malgré son jeune âge, assume une part importante du soutien familial.
Esther, une élève de cinquième année au Lycée de Miskine, explique également son quotidien : « C’est de la bouillie de manioc sucrée avec de l’arachide. C’est ma mère qui la prépare. J’habite à Poungoulou et je vends de manière ambulante jusqu’à Boy-Rabe, en passant par le stade et le croisement Marabena. Ce petit commerce me permet de manger, de cotiser à une tontine et de payer ma scolarité. » Son parcours quotidien, long et exigeant, témoigne de la détermination de ces enfants à subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille.
Motivations et conséquences
De son côté, Evan, 12 ans, vend des brosses à dents pour financer sa prochaine année scolaire. Son initiative, bien que louable, met en évidence la pression financière qui pèse sur les familles et pousse les enfants à travailler. « C’est ma grande sœur qui m’a donné un peu d’argent pour commencer ce petit commerce. Je sais rendre la monnaie. Si quelqu’un me donne 1 000 francs pour un article de 300 francs, je dois lui rendre 700 francs », explique Evan, démontrant une maturité et un sens des responsabilités précoces.
Esther, 15 ans, vend de la bouillie de manioc pour soutenir sa mère et payer sa scolarité. « C’est de la bouillie de manioc sucrée avec de l’arachide. C’est ma mère qui la prépare. J’habite à Poungoulou et je vends de manière ambulante jusqu’à Boy-Rabe, en passant par le stade et le croisement Marabena. Ce petit commerce me permet de manger, de cotiser à une tontine et de payer ma scolarité », précise Esther. Ces enfants, souvent contraints par la nécessité économique, contribuent ainsi aux revenus de leur foyer ou à leurs propres frais éducatifs. Leur engagement dans le commerce de rue, bien que vital pour leur survie et leur éducation, les expose à des risques et les prive d'une enfance normale, en contradiction avec les principes de protection de l'enfance énoncés dans la législation nationale et les conventions internationales.