Gouverneur de la BEAC : Accusations de détournement de pouvoir, harcèlement sexuel et ambition présidentielle

Des allégations de détournement de pouvoir, de harcèlement sexuel et d'ambition présidentielle pèsent lourdement sur Sana Bangui, Gouverneur de la Banque des États de l'Afrique Centrale (BEAC). M. Bangui est identifié comme le neveu du Président actuel de la République centrafricaine, un lien familial qui, selon les dénonciations, serait exploité à des fins personnelles et politiques. Un document émanant du personnel de la BEAC, dénonçant les agissements du Gouverneur, circule au sein de l'institution et au-delà depuis le 1er février 2026. Ce texte affirme avec force que M. Bangui "affirme également, pour se conférer une stature qu’il n’a pas, être le prochain Président de la République centrafricaine, au cours ou à l’achèvement de son mandat actuel de gouverneur". Cette ambition serait renforcée par le fait qu'il "met en avant ses liens familiaux directs avec la Présidence centrafricaine (son oncle en est le Président)", ce qui lui conférerait une légitimité perçue comme supérieure.

Le personnel de la BEAC exprime une vive indignation face à ce qu'il qualifie de "confusion délétère entre l’institution monétaire régionale, censée être neutre et indépendante, et des agendas électoraux nationaux particuliers, des intérêts politiques et des stratégies personnelles d’accession au pouvoir". Cette confusion est perçue comme une menace directe à la crédibilité et à l'intégrité de l'institution.

Parmi les accusations les plus graves et les plus choquantes détaillées dans le document, il est rapporté que Mademoiselle Susana Jones Lajay aurait été victime d'"insistent, threatening, and aggressive sexual advances and repeated attempts at physical touching" de la part de Sana Bangui. Ces comportements, décrits comme inacceptables, auraient eu lieu dans le cadre de ses fonctions. Le personnel de la BEAC précise que, selon la jurisprudence internationale établie et reconnue, l'immunité diplomatique ne saurait en aucun cas couvrir ces crimes personnels, soulignant ainsi la gravité des actes présumés et la nécessité d'une justice impartiale.

Manœuvres politiques et dérive institutionnelle

Au-delà des allégations de harcèlement, le document du personnel de la BEAC met en lumière des manœuvres politiques et une dérive institutionnelle préoccupantes. Le personnel affirme que Sana Bangui se déclare ouvertement le prochain Président de la République centrafricaine, envisageant cette accession soit pendant, soit à l'achèvement de son mandat actuel de gouverneur. Cette ambition est étayée par d'autres déclarations jugées excessives. Le même document allègue que M. Bangui a déclaré avoir contribué « largement et de manière décisive » à l'élection de l'actuel Président gabonais, cherchant ainsi à asseoir son influence et sa stature politique au-delà des frontières de son pays d'origine.

Le personnel accuse Sana Bangui de prétendre que son influence est plus significative que celle des quatre autres Chefs d'État de la Communauté Économique et Monétaire de l'Afrique Centrale (CEMAC) dans la gestion de la BEAC, remettant en question la structure collégiale de l'institution. Il est également rapporté que Sana Bangui revendiquerait une indépendance totale vis-à-vis du Comité ministériel, citant une légitimité supérieure qui, selon lui, émanerait directement de la Conférence des Chefs d'État, contournant ainsi les mécanismes de contrôle et de reddition de comptes.

Cette attitude est décrite par le personnel comme une « dérive institutionnellement destructrice » et le fondement d'une « gouvernance autocratique dépourvue de tout contrôle et de toute obligation de rendre des comptes ». Cette description brosse le tableau d'une institution où les décisions seraient prises de manière unilatérale, sans égard pour les procédures établies. Le cas de Nguelle Obame est cité comme une illustration éloquente de décisions arbitraires imposées par le biais de prétendues connexions et influencées par des intérêts personnels plutôt que par les règles de bonne gouvernance. Michel Dzombala aurait agi sous la protection et la manipulation de Sana Bangui, selon les allégations du personnel, renforçant l'idée d'un réseau d'influence. M. Bangui prétendrait agir sous le couvert de relations privilégiées avec la Présidence gabonaise, utilisant cette connexion pour justifier ses actions et décisions.

Les appels de hauts fonctionnaires gabonais et les textes réglementaires obligatoires de la BEAC auraient été ignorés de manière flagrante par Michel Dzombala et Sana Bangui, démontrant un mépris pour les règles internes et les requêtes externes. Le Conseil d'Administration et le Comité Ministériel de la BEAC seraient traités avec un mépris manifeste, selon les mêmes sources, leurs avis et décisions étant systématiquement ignorés ou minimisés. Le Comité d'Audit, organe essentiel de contrôle interne, serait traité comme un « tapis docile » du gouvernement de la Banque, un instrument bureaucratique subordonné et un outil de validation automatique des décisions prises par le Gouverneur. Cette instrumentalisation affaiblirait grandement la capacité de l'institution à s'auto-réguler et à maintenir des standards de transparence. Pour illustrer cette mainmise, le document révèle que Sana Bangui aurait même tenté de modifier le mécanisme institutionnel de rotation de la Présidence du Comité d'Audit, une initiative qui aurait été rejetée avec humiliation, mais qui témoigne de sa volonté de contrôler tous les leviers de pouvoir.

Allégations de harcèlement et de représailles : le cas de Mademoiselle Ayi Bacale Esperanza Ramona

Les allégations de harcèlement sexuel ne se limitent pas à un seul cas. Le document du personnel de la BEAC dénonce également le traitement infligé à Mademoiselle Ayi Bacale Esperanza Ramona. Elle aurait subi une « tentative de conquête sexuelle violente, des attouchements sexuels répétés, et des gestes brutaux caractérisant sans équivoque une tentative de viol », selon les allégations du personnel de la BEAC. Ces faits, d'une extrême gravité, soulignent la nature agressive des comportements reprochés au Gouverneur.

Après son refus catégorique de ces avances, Sana Bangui aurait orchestré un « transfert punitif forcé » de Mademoiselle Ayi Bacale Esperanza Ramona vers Ebibeyin. Ce transfert, loin d'être une mesure administrative ordinaire, est présenté comme une forme de représailles directes à son refus. Un deuxième transfert punitif aurait eu lieu vers Malabo suite à son refus persistant de céder aux pressions, comme le rapporte le personnel, aggravant ainsi la situation de la victime.

Ces deux femmes, Mademoiselle Ayi Bacale Esperanza Ramona et Mademoiselle Susana Jones Lajay, ont été transférées le 30 août 2024, avec une date de début prévue pour le 1er octobre 2024. Ce délai, d'à peine un mois, ne respecte manifestement pas la période de préavis obligatoire de trois mois stipulée par les règlements internes de l'institution, ce qui ajoute une dimension d'irrégularité administrative aux actes de représailles.

Les conséquences de ces transferts punitifs sur la santé de Mademoiselle Ayi Bacale Esperanza Ramona sont décrites comme dramatiques. Ces événements auraient entraîné une « détérioration dramatique de sa santé », nécessitant une évacuation médicale internationale vers l'Afrique du Sud pour des soins spécialisés. Le personnel de la BEAC cite explicitement les articles 28 (harcèlement sexuel), 27 (harcèlement moral) et 21 (respect de la dignité) de son Code d'éthique, affirmant qu'ils auraient été enfreints de manière flagrante par ces agissements, soulignant ainsi la violation des principes fondamentaux régissant la conduite au sein de l'institution.

Rôle des soutiens et complicités présumées

Le personnel de la BEAC ne se contente pas de pointer du doigt le Gouverneur Sana Bangui. Il allègue également la complicité du ministre Ebe Molina Ivan et d'Engonga Obiang, qui auraient été pleinement informés des faits concernant les deux victimes équato-guinéennes. Cette connaissance des faits, sans intervention, est perçue comme une forme de soutien tacite aux agissements du Gouverneur. Selon les mêmes sources, le ministre Ebe Molina Ivan est identifié comme le « soutien indéfectible et actif » d'Abbas Mahamat Tolli durant son mandat, ce qui suggère une continuité dans les pratiques décriées. Abbas Mahamat Tolli, son prédécesseur, aurait manœuvré de manière décisive pour assurer l'accession controversée de Sana Bangui au poste de Gouverneur, jetant une ombre sur la légitimité de sa nomination.

Le personnel de l'institution monétaire dénonce avec virulence un « arrangement mafieux » basé sur le trio Abbas Tolli-Ebe Molina et Sana Bangui. Cet arrangement est décrit comme étant dédié à l'opacité, à la fraude et à la dérive managériale, créant un environnement propice aux abus de pouvoir et à la mauvaise gestion. Le mandat d'Ebe Molina aurait été caractérisé par des « manquements éthiques et une stratégie présentée comme une capture institutionnelle pour des intérêts claniques et relationnels ». Ces accusations suggèrent que l'institution aurait été détournée de sa mission au profit d'intérêts particuliers. Ebe Molina aurait privilégié la « préservation d’avantages matériels et d’émoluments personnels, ainsi que la sauvegarde de son poste ministériel », selon les affirmations du personnel, ce qui expliquerait son inaction face aux dérives.

Les allégations soulignent qu'Ebe Molina aurait adopté une posture d'inaction, jugée particulièrement grave car les victimes présumées étaient ses compatriotes. Cette passivité face aux accusations de harcèlement et de représailles est mise en exergue par les employés de la BEAC comme un signe de sa complicité dans les agissements dénoncés, renforçant l'idée d'un système protégeant les auteurs de ces actes.

Actions judiciaires envisagées et portée

Face à la gravité des faits et à l'absence de réponse interne satisfaisante, le personnel de la BEAC envisage des actions judiciaires concrètes. Le document cite des dispositions spécifiques des codes pénaux au Cameroun, en Guinée équatoriale et en République centrafricaine concernant la tentative de viol, le harcèlement sexuel et la mise en danger délibérée de la vie d'autrui. Ces références légales démontrent la détermination du personnel à poursuivre les auteurs présumés de ces crimes devant la justice.

Le personnel envisage de déposer des plaintes auprès des juridictions françaises et américaines, alléguant la présence d'actifs et de voyages réguliers de l'accusé dans ces pays, ce qui permettrait d'engager des poursuites en vertu de la compétence universelle ou territoriale. Plus précisément, le Procureur de la République de Paris sera saisi pour tentative de viol, harcèlement sexuel aggravé et mise en danger délibérée de la vie d'une personne, des chefs d'accusation qui reflètent la gravité des allégations. Le Défenseur des Droits français et l'Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail seront également mobilisés pour apporter leur soutien et leur expertise dans cette démarche.

Le personnel présente cette alerte et les actions envisagées comme un « mécanisme destiné à restaurer l'État de droit au sein de la BEAC et à protéger l'intégrité de la monnaie commune ». Cette initiative vise non seulement à obtenir justice pour les victimes, mais aussi à assainir l'institution, garantir sa neutralité et son indépendance, et rétablir la confiance dans sa gouvernance.