À Limassa, le 4 juillet 2026, la promulgation d'une nouvelle constitution instaurant la VIIe République implique l'abrogation de la Constitution du 30 mars 2016. Cette promulgation, un événement majeur dans le paysage politique du pays, a été perçue par beaucoup comme un tournant décisif. Le pouvoir en place à Bangui est cependant accusé d'utiliser simultanément les deux textes constitutionnels « selon son humeur », comme l'a dénoncé Alain Nzilo. Cette situation, où les principes fondamentaux de la loi suprême sont appliqués de manière sélective, soulève des questions profondes sur la légalité de certaines décisions gouvernementales en Centrafrique. Le Président de la République et son gouvernement sont également accusés de « mentir au peuple », alimentant ainsi les critiques sur la transparence et l'intégrité de l'exécutif. La coexistence de ces deux cadres juridiques fondamentaux crée une incertitude institutionnelle sans précédent, souvent perçue comme une manœuvre politique délibérée visant à consolider le pouvoir. Cette dualité constitutionnelle est loin d'être un simple détail administratif ; elle représente un défi fondamental à l'État de droit et à la stabilité démocratique du pays.
L'imposture constitutionnelle en Centrafrique
La VIIe République, récemment instituée, est perçue comme manquant de vision et d'idéologie, peinant à trouver ses marques dans le paysage politique et social. Cette absence de direction claire et de principes fondateurs solides est une source de préoccupation majeure pour de nombreux observateurs. Des critiques soulignent que la nouvelle constitution interdit strictement aux binationaux d'occuper de hautes fonctions politiques et militaires, une disposition qui visait à renforcer la souveraineté nationale. Cependant, des individus possédant la double nationalité continuent de détenir des postes importants au sein du gouvernement et de l'Assemblée nationale, en violation flagrante de cette interdiction. Cela met en lumière une application sélective et opportuniste des nouvelles dispositions constitutionnelles, sapant la crédibilité du nouveau texte.
La fonction de vice-président de la République, expressément prévue par la nouvelle constitution comme un pilier de l'exécutif, n'a pas encore fait l'objet d'une nomination. Cette absence prolongée soulève des interrogations quant à la volonté réelle de mettre en œuvre l'intégralité des institutions définies par le texte fondamental. L'instauration de cette nouvelle constitution est de plus en plus qualifiée de tromperie, visant principalement à permettre au Président de briguer un troisième mandat sans limitation, contournant ainsi les garde-fous démocratiques. Cette interprétation suggère une instrumentalisation cynique du processus constitutionnel à des fins purement politiques et personnelles. Les indicateurs de gouvernance sont décrits comme étant « rouges », signalant un déclin alarmant et la fin d'un règne, ainsi que l'effondrement imminent d'un régime basé sur des allégations persistantes de mensonges et de dissimulation. Cette situation de non-application et d'application sélective des lois fondamentales met en péril la légitimité même de l'État.
Violations et sacrifices sur le terrain
L'application simultanée de deux constitutions, créant un flou juridique délibéré, soulève de graves interrogations quant à la légalité des actions menées par le pouvoir en place. Une question clé se pose : existe-t-il une corrélation directe entre ce nouvel ordre constitutionnel imposé par la force et les incursions armées incessantes dans la partie orientale du pays ? Cette interrogation est d'autant plus pertinente que des citoyens ont été la cible de violations et d'exactions perpétrées par des mercenaires du groupe paramilitaire Wagner, dont la présence et les activités sont de plus en plus controversées. Parallèlement, des forces de défense et de sécurité ont péri héroïquement au front lors des affrontements à Am-Dafock, signalant une situation sécuritaire extrêmement volatile et une intensification des violences dans la région.
La situation s'aggrave de manière dramatique avec la détention ou le sacrifice d'un sous-préfet et d'autres individus par le gouvernement de Bangui, qui les aurait livrés aux mains de combattants de la résistance « Azandé ». Ces événements tragiques soulignent non seulement une crise humanitaire et sécuritaire profonde dans plusieurs régions du pays, mais aussi une gestion des conflits qui semble privilégier des méthodes extrêmes et opaques. Des explications crédibles et transparentes sont urgemment demandées concernant les affrontements meurtriers et la prise d'Am-Dafock par des groupes armés, ainsi que l'assassinat brutal du prêtre de Zemio. Ces incidents récents et choquants mettent en lumière la fragilité de la stabilité nationale et l'impératif pour les autorités de fournir des clarifications complètes et satisfaisantes pour apaiser les tensions et restaurer un minimum de confiance. L'opacité autour de ces événements alimente la suspicion et renforce le sentiment d'un régime agissant en dehors de tout cadre légal et éthique.
Vers une transition consensuelle
Face à cette dérive autoritaire et à l'incapacité manifeste du pouvoir à appliquer rigoureusement la nouvelle constitution, une démission du dirigeant de Bangui est avancée comme la voie la plus démocratique et la plus honorable pour sortir de l'impasse actuelle. Cette approche est présentée comme un moyen de résoudre l'impasse institutionnelle et politique qui paralyse le pays et de restaurer la confiance des citoyens. La « consultation citoyenne centrafricaine », initiée par le Rassemblement Unitaire, est par ailleurs décrite comme une alternative plausible et crédible pour la libération du pays et l'établissement d'un nouveau pacte social. Cette initiative vise à recueillir l'avis des citoyens et à construire une solution inclusive et représentative de leurs aspirations.
L'article suggère qu'un pouvoir hyper-présidentiel craignant chacun et sa propre ombre est inéluctablement destiné à sa fin, car une telle gouvernance, basée sur la peur et la répression, ne peut perdurer indéfiniment. Un tel régime, miné par ses propres contradictions et son manque de légitimité, est intrinsèquement instable. Dans ce contexte de crise multidimensionnelle, il est demandé au Président de démissionner afin d'ouvrir la voie à une transition politique consensuelle, qui permettrait de jeter les bases d'une véritable démocratie et de garantir un avenir stable pour la Centrafrique. Cette transition, si elle devait avoir lieu, devrait être guidée par les principes de transparence, d'inclusion et de respect de l'État de droit, afin de réparer les fractures profondes qui traversent la société centrafricaine. Le statu quo n'est plus tenable, et la nécessité d'un changement profond et pacifique se fait de plus en plus pressante.