La République Centrafricaine face à une crise de la viande bovine

La République Centrafricaine est confrontée à une crise de la viande bovine qui touche l'ensemble du territoire, des marchés de Bangui aux étals de Berbérati, Bangassou ou Ndélé. Cette difficulté d'accès à une viande abordable, combinée à la rareté et aux prix exorbitants du bœuf, alimente une menace alimentaire grandissante. Cette situation, exacerbée par la peur des éleveurs, pousse les populations vers une précarité accrue et un risque de famine dans les régions vulnérables. Le début du troisième mandat du président Faustin-Archange Touadéra, marquant la septième République, s'ouvre ainsi sur des difficultés et des souffrances pour les habitants. La crise de la viande bovine est devenue un défi majeur pour la sécurité alimentaire et le bien-être des citoyens à travers le pays.

Prix prohibitifs et pénurie

La crise se manifeste de manière aiguë par des prix prohibitifs et une pénurie généralisée de viande de bœuf. À Berbérati, la viande qui coûtait auparavant entre 1000 et 1500 francs CFA est devenue inabordable pour de nombreuses familles. Cette flambée des prix a un impact direct sur le pouvoir d'achat des ménages. Cette situation rend le bœuf avec os, autrefois un produit courant et accessible, de plus en plus onéreux et évité par une large partie de la population. Sa consommation est désormais considérée comme un luxe par de nombreux Centrafricains. À Bangui, la capitale, le prix de la viande sans os atteint des niveaux élevés, contribuant de manière significative à la crise alimentaire que traverse le pays. La difficulté à se procurer cette denrée essentielle pèse lourdement sur le régime alimentaire des habitants, qui dépendent traditionnellement de la viande bovine comme source de protéines.

Augmentation des coûts d'élevage

L'augmentation des coûts de production et d'approvisionnement est une cause majeure de cette crise. Le prix d'achat du bétail a considérablement augmenté, un bœuf entier atteignant parfois 900 000 francs CFA, contre 400 000 ou 500 000 francs CFA auparavant. Cette hausse spectaculaire du coût d'acquisition des animaux se répercute directement sur le prix final de la viande vendue aux consommateurs. Les éleveurs et les commerçants sont contraints de réajuster leurs prix pour couvrir leurs dépenses, ce qui rend le produit final inaccessible pour une grande partie de la population.

Les taxes accumulées tout au long de la chaîne d'approvisionnement contribuent également à l'augmentation du coût final de la viande. Ces prélèvements multiples s'ajoutent aux dépenses des éleveurs et des commerçants, qui les répercutent ensuite sur le consommateur. Chaque étape, de l'élevage au transport en passant par la vente sur les marchés, est sujette à des frais supplémentaires qui grèvent le prix de revient. Cette accumulation de charges fiscales et parafiscales rend la viande de bœuf d'autant plus chère et difficile à commercialiser à des prix abordables.

Obstacles sécuritaires et logistiques

Les éleveurs de bétail livrent moins d'animaux aux villes, en partie à cause des forces de sécurité qui imposent des paiements forcés ou procèdent à des détentions arbitraires sur les routes, selon des informations. Ces pratiques entravent la libre circulation du bétail et découragent les éleveurs de se rendre sur les marchés urbains. À Ndélé, le nombre d'abattages quotidiens a chuté drastiquement, passant de quatre ou cinq bœufs par jour à un seul pour l'ensemble de la localité lorsque la viande est disponible. Cette réduction drastique de l'offre locale témoigne de la gravité de la situation. Dans des endroits comme Carnot ou Alindao, la dégradation des routes et les risques d'attaques entravent le mouvement des convois de bétail. Les infrastructures routières délabrées rendent le transport des animaux périlleux et lent, tandis que l'insécurité expose les éleveurs et leurs troupeaux à des dangers constants. Face à ces obstacles répétés, qu'ils soient liés à la sécurité, à la logistique ou aux pressions financières, les éleveurs préfèrent parfois maintenir leurs troupeaux éloignés des centres urbains, voire quitter le pays. Cette délocalisation ou cessation d'activité des éleveurs aggrave encore la pénurie de viande bovine sur les marchés nationaux, menaçant la sécurité alimentaire de la République Centrafricaine.