Monopole pétrolier en Centrafrique : des millions évaporés

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Le 29 septembre 2023, le gouvernement de la République centrafricaine a accordé à Neptune Oil un monopole de dix ans sur l'importation de carburant, une décision qui a fait de la société le seul fournisseur autorisé dans le pays. Cette mesure place Neptune Oil en position d'acteur exclusif pour l'approvisionnement en carburant, à l'exception de Tristar qui assure l'approvisionnement de la MINUSCA. Cette attribution confère à Neptune Oil une position dominante sur le marché pétrolier centrafricain, encadrant l'ensemble des importations pour la décennie à venir. Le monopole de dix ans accordé à Neptune Oil par le gouvernement centrafricain est un élément central de cette nouvelle configuration du marché.

Accord de monopole controversé

Neptune Oil, l'entreprise camerounaise dirigée par l'homme d'affaires Antoine Ndzengue, est au cœur de cette décision controversée. Le monopole visait en effet à écarter les entreprises françaises établies de longue date du marché centrafricain. Cette attribution est intervenue quelques semaines après l'approbation du rachat de Total Centrafrique par TAMOIL. La décision de conférer à Neptune Oil le statut de seul fournisseur autorisé, à l'exception de Tristar pour la MINUSCA, a redéfini le paysage de l'approvisionnement en carburant dans le pays.

Arthur Bertrand Piri, ancien ministre de l'Énergie et secrétaire exécutif adjoint du Mouvement Cœurs Unis, a indiqué que le président de la République lui avait donné son accord pour rechercher des partenaires en matière d'approvisionnement en carburant. Piri a affirmé que "le chef de l'État m'a donné le feu vert pour chercher des partenaires capables de combler le déficit d'approvisionnement en carburant." Selon Arthur Bertrand Piri, Neptune Oil s'est avérée être la seule option viable dans ce processus. "Neptune Oil était le seul candidat valable", a-télé déclaré. Il a souligné que son rôle était de trouver des solutions pour garantir l'approvisionnement du pays, face aux défis existants.

Au 3 octobre 2024, Neptune Oil était toujours en cours d'enregistrement sous le nom de Neptune Oil Supply, toujours d'après Arthur Bertrand Piri. Ce statut d'enregistrement non finalisé soulève des questions quant à la légalité et à la transparence des opérations de l'entreprise. En août 2025, les enquêteurs de la GI-TOC ont confirmé qu'aucune immatriculation n'avait été achevée pour Neptune Oil, ce qui a eu des implications sur la collecte des taxes et la régulation de ses activités. Cet accord de monopole contrevient par ailleurs à la loi de 2007 sur la libéralisation du marché des carburants en République centrafricaine, qui visait à promouvoir une concurrence saine et à éviter les positions dominantes.

Profits excessifs et évasion fiscale

La Global Initiative Against Transnational Organized Crime (GI-TOC) a confirmé que le monopole avait engendré des profits excessifs. En 2024, ce système aurait généré entre 17,5 et 30 millions de dollars américains de profits excédentaires. Ces profits proviendraient d'une structure de prix délibérément gonflée et d'une évasion fiscale massive, avec la complicité d'agents des douanes. L'analyse de la GI-TOC met en lumière des pratiques financières opaques et potentiellement illégales ayant un impact direct sur les finances publiques et le coût de la vie pour les citoyens centrafricains.

La prime accordée à l'importateur en République centrafricaine dépasse les prix camerounais de 160 francs CFA par litre d'essence et de 185 francs CFA par litre de diesel. Ces coûts injustifiés ont généré environ 17,5 millions de dollars américains de profits excédentaires pour Neptune Oil en 2024, uniquement à partir des importations routières. Cette différence de prix significative entre les deux pays suggère une marge bénéficiaire anormalement élevée pour Neptune Oil, qui ne peut être justifiée par les seuls coûts de transport.

Le statut de non-résident de Neptune Oil a entravé la collecte d'impôts par l'État. Les distributeurs locaux n'ont pas retenu la retenue à la source de 15 % sur les paiements à Neptune Oil, par crainte de perturbations de l'approvisionnement. Cette situation a créé un vide fiscal, permettant à l'entreprise d'échapper à ses obligations fiscales. En août 2025, aucune immatriculation n'avait été achevée, selon les enquêteurs de la GI-TOC, ce qui a maintenu l'entreprise dans une zone grise réglementaire et fiscale.

Des volumes importants de carburant sont exemptés de droits et taxes d'importation, soit environ 200 francs CFA par litre, sous le couvert de missions diplomatiques ou d'aide bilatérale. Cette exemption est accordée avec la complicité d'agents des douanes à Douala et aux postes frontières. Ce mécanisme d'exemption, détourné de son objectif initial, contribue de manière significative à la perte de revenus pour l'État centrafricain. Ces pratiques, combinées à l'évasion fiscale, ont un impact direct sur la capacité du gouvernement à financer les services publics essentiels. En février 2025, le diesel coûtait 2,17 dollars américains par litre en République centrafricaine, un prix élevé qui reflète en partie les coûts supplémentaires et les marges excessives imputées au consommateur final.

Enfin, 70 % des importations de Neptune Oil sont transportées par voie routière via le Cameroun, ce qui représente la route la plus coûteuse. Ce choix logistique, combiné aux primes mentionnées précédemment, contribue à augmenter le prix final du carburant pour les consommateurs et les entreprises centrafricaines.

Impact sur les revenus de l'État

Les revenus de l'État centrafricain provenant du secteur du carburant ont connu une diminution significative, passant de 41,6 millions de dollars américains en 2021 à 29,5 millions de dollars américains en 2024. Cette baisse coïncide avec l'établissement du monopole de Neptune Oil sur l'importation de carburant. Cette chute des recettes fiscales est directement attribuable aux pratiques d'évasion fiscale et aux mécanismes d'exemption abusifs qui ont été mis en place ou tolérés dans le cadre de ce monopole. La perte de ces revenus a des conséquences importantes sur le budget de l'État, limitant sa capacité d'investissement et de développement.

Neptune Oil a représenté en 2024 un volume de 70 % des 124 millions de litres de carburant importés dans le pays. Cette proportion marque un changement notable dans les sources d'approvisionnement habituelles de la République centrafricaine. La dépendance accrue vis-à-vis d'un seul acteur et d'une seule route d'approvisionnement rend le pays vulnérable aux fluctuations de prix et aux potentielles ruptures d'approvisionnement.

Historiquement, 80 % du carburant parvenait en République centrafricaine par voie fluviale, via Kinshasa et Brazzaville. Le corridor camerounais était traditionnellement limité à seulement 20 % des importations. L'augmentation des importations par Neptune Oil, principalement via le Cameroun par voie routière, modifie ainsi les schémas logistiques d'approvisionnement du pays. Ce pivot vers la route camerounaise, plus coûteuse, a des répercussions sur les prix à la pompe et sur l'économie nationale. La modification des routes d'approvisionnement habituelles, en faveur de la voie routière camerounaise, a également des implications environnementales et infrastructurelles, augmentant la pression sur les routes et la logistique terrestre.

Réactions et pressions internationales

Le Fonds Monétaire International (FMI) a exercé des pressions sur le gouvernement de la République centrafricaine, l'incitant à publier mensuellement les structures des prix du carburant depuis juin 2024. Cette exigence s'inscrit dans un contexte de transparence accrue concernant le marché pétrolier national. Ces pressions internationales visent à restaurer la confiance dans la gestion des finances publiques et à garantir une plus grande équité dans la fixation des prix pour les consommateurs. La publication régulière des structures de prix permettrait une meilleure surveillance et une réduction des opportunités de profits excessifs.

La société Coral Energy, basée à Singapour, a été visée par des sanctions britanniques en décembre 2024. Cette mesure a été prise dans le cadre de restrictions plus larges imposées par le Royaume-Uni. Bien que les détails de l'implication de Coral Energy dans le contexte centrafricain ne soient pas explicitement mentionnés, cette sanction note la vigilance accrue de la communauté internationale à l'égard des acteurs du marché pétrolier et de leurs pratiques, en particulier dans les régions à risque de corruption ou de manque de transparence.