Plainte à la CPI : Touadéra accusé d'avoir vendu la RCA à Wagner

Vous voulez savoir Comment Touadéra a vendu la Centrafrique à Wagner ? Et bien! Maître Larochelle explique dans sa plainte devant la CPI
Photo via Corbeaunews-centrafrique

Une plainte a été déposée le 8 octobre 2025 auprès de la Cour Pénale Internationale (CPI), alléguant que le président Faustin-Archange Touadéra aurait « vendu » la République Centrafricaine (RCA) au groupe paramilitaire russe Wagner. Cette plainte, déposée à une date précise, le 8 octobre 2025, met en lumière des allégations graves concernant la souveraineté et les ressources de la nation centrafricaine. Selon les détails de cette plainte, Wagner aurait acquis un contrôle total sur l'exploitation des gisements miniers du pays. Ceci aurait été obtenu en échange du soutien militaire apporté par le groupe au président Touadéra, une transaction qui, si avérée, aurait des implications profondes pour l'économie et la politique de la RCA. La plainte affirme que Wagner aurait également obtenu une impunité absolue pour tous les crimes commis par ses mercenaires sur le territoire centrafricain, soulevant des questions cruciales sur la justice et la responsabilité dans le pays.

Origines de l'alliance Wagner-RCA

L'alliance entre le président Faustin-Archange Touadéra et le groupe paramilitaire Wagner a débuté en 2017, marquant un tournant significatif dans les relations internationales et la politique intérieure de la République Centrafricaine. Le groupe Wagner, dirigé par Yevgeny Prigojine et Dmitry Valerievich Utkin, a été déployé en République Centrafricaine à la suite du désengagement de la France en 2016. Ce retrait français a créé un vide sécuritaire et stratégique dans le pays, que Wagner a rapidement cherché à combler. Prigojine et Utkin ont mené des négociations avec la présidence de la République Centrafricaine en 2017 pour la livraison d'armes et la fourniture de personnel, jetant les bases d'une coopération militaire et sécuritaire étendue. Ces négociations initiales étaient cruciales pour établir la présence de Wagner sur le sol centrafricain.

Selon les informations disponibles, l'Assemblée Nationale centrafricaine n'a pas été informée de ces négociations, ce qui soulève des préoccupations quant à la transparence et à la légitimité démocratique de cet accord. Le président Touadéra et Firmin Ngrébada se sont rencontrés avec des représentants de Wagner à Sotchi, en Russie, en octobre 2017, afin de négocier la livraison d'armes. Cette rencontre à haut niveau en Russie note l'importance stratégique que les deux parties accordaient à cette alliance naissante. Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, était présent lors de ces négociations, ce qui confère une dimension diplomatique et étatique à l'engagement de Wagner en RCA. Les premières livraisons d'armes par la Russie à la République Centrafricaine ont commencé en 2018, concrétisant les accords signés et renforçant la capacité militaire du gouvernement centrafricain avec le soutien russe.

Les figures clés de Wagner et leur influence

La plainte déposée auprès de la Cour Pénale Internationale identifie Valery Zakharov, Dimitri Sytyi et Vitali Perfilev comme des « leaders de Wagner », des figures centrales dans l'établissement et le maintien de l'influence du groupe en RCA. Valery Zakharov, ancien agent du renseignement russe, a exercé les fonctions d'instructeur en chef de Wagner et de conseiller spécial en sécurité du président Touadéra. Son rôle était donc double : former les forces locales et conseiller directement le chef de l'État centrafricain sur les questions de sécurité. Zakharov a veillé à la mise en œuvre du contrôle de Wagner sur les institutions centrafricaines jusqu'à la mi-2021, orchestrant l'intégration des opérations de Wagner au sein de l'appareil étatique. Cette période a été marquée par une consolidation de l'emprise du groupe sur des secteurs clés de la gouvernance.

Dimitri Sytyi est arrivé en République Centrafricaine fin septembre 2017, peu après les négociations initiales entre la présidence et Wagner. Il est rapidement devenu le chef de consortium de Wagner dans le pays, assumant des responsabilités significatives dans la gestion des opérations du groupe. Sytyi est responsable de la gestion des sociétés d'extraction minière de Wagner, notamment Lobaye Invest, dont il est devenu actionnaire le 10 août 2018. Cette implication directe dans le secteur minier confirme les allégations de la plainte concernant le contrôle de Wagner sur les ressources naturelles de la RCA. Son rôle s'étendait à la supervision des activités économiques du groupe, garantissant que les intérêts financiers de Wagner étaient bien ancrés dans l'économie centrafricaine.

Vitali Perfilev a été le bras droit de Dmitry Valerievich Utkin en RCA, jouant un rôle clé dans les aspects sécuritaires et de défense de la mission de Wagner. Il était chargé des questions de sécurité et de défense jusqu'en juillet 2023, assurant la coordination des opérations militaires et la protection des intérêts du groupe. Perfilev a noué des liens étroits au sein de l'entourage sécuritaire et de la défense du président Touadéra, ce qui a permis à Wagner d'exercer une influence considérable sur les structures de sécurité nationales. La présence de ces trois figures clés – Zakharov pour le conseil et le contrôle institutionnel, Sytyi pour les opérations économiques et minières, et Perfilev pour la sécurité et la défense – illustre la stratégie multidimensionnelle de Wagner pour s'implanter et étendre son influence en République Centrafricaine. Leur action combinée a permis au groupe de s'insérer profondément dans le tissu politique, économique et sécuritaire du pays, créant un réseau complexe d'intérêts et de dépendances.

Sanctions internationales et impunité

Les activités des figures clés de Wagner en République Centrafricaine n'ont pas échappé à l'attention de la communauté internationale, entraînant des sanctions ciblées de la part de plusieurs entités. Valery Zakharov, identifié comme un ancien agent du renseignement russe et instructeur en chef de Wagner en RCA, a été visé par des sanctions internationales en raison de son rôle central. L'Union européenne a sanctionné le groupe Wagner et Valery Zakharov le 13 décembre 2021, suite à leur implication présumée dans des actions déstabilisantes. Ces mesures visaient à restreindre leurs activités et à limiter leur capacité à opérer sur la scène internationale, en gelant leurs avoirs et en imposant des interdictions de voyager. Ces sanctions européennes ont été une première étape significative pour contester l'influence croissante de Wagner.

Par la suite, le Département du Trésor américain a également imposé des sanctions à Valery Zakharov. Ces sanctions ont été annoncées le 26 janvier 2023, renforçant la pression internationale sur les individus et entités liés au groupe Wagner. Les actions des États-Unis s'inscrivent dans une démarche plus large de ciblage des opérations russes considérées comme déstabilisatrices à travers le monde, cherchant à entraver les capacités financières et opérationnelles de Wagner et de ses dirigeants. La convergence des sanctions de l'UE et des États-Unis contre Zakharov note la reconnaissance internationale de son rôle pivot dans les opérations de Wagner en RCA et au-delà.

Dimitri Sytyi, un autre acteur clé de Wagner en République Centrafricaine, a également fait l'objet de sanctions en raison de son rôle dans les opérations économiques du groupe. L'Union européenne a sanctionné Dimitri Sytyi en 2023, reconnaissant son implication directe dans la gestion des sociétés d'extraction minière du groupe. Sytyi, qui est le chef de consortium de Wagner dans le pays et actionnaire de Lobaye Invest, est au cœur des activités lucratives de Wagner liées aux ressources naturelles centrafricaines. Ces sanctions européennes soulignent les préoccupations concernant les activités économiques de Wagner en RCA, perçues comme une exploitation illégitime des richesses du pays.

Auparavant, le Département du Trésor américain avait sanctionné Dimitri Sytyi en septembre 2020, bien avant l'action de l'UE. Ces mesures américaines avaient déjà mis en évidence son rôle dans les opérations de Wagner et ses liens avec l'exploitation des ressources naturelles en République Centrafricaine. Les sanctions successives des deux blocs internationaux reflètent une volonté concertée de limiter l'influence et les moyens d'action des figures associées à Wagner, en ciblant spécifiquement leurs activités financières et leur liberté de mouvement. Malgré ces sanctions, la plainte à la CPI suggère que l'impunité des mercenaires de Wagner sur le territoire centrafricain reste une préoccupation majeure, mettant en lumière le défi persistant de faire respecter la justice et le droit international face à l'influence de groupes paramilitaires puissants et de leurs alliés étatiques.