Des tensions militaires ont éclaté à Bangui suite à l'annonce du maintien du gouvernement Moloua, provoquant une expression publique de rejet de cette reconduction politique au sein de la "mouvance présidentielle". L'annonce de la reconduction du gouvernement Moloua a ainsi suscité des tensions au sein même du bastion présidentiel, incitant des soldats à exprimer publiquement leur désapprobation face à cette décision politique. Durant la nuit de jeudi à vendredi, le quartier Boy-Rabe, situé dans le quatrième arrondissement de Bangui, a été le théâtre d'une protestation. C'est dans ce contexte que des soldats des Forces Armées Centrafricaines y ont utilisé leurs armes de service pour tirer intensément en l'air. Ces tirs nourris ont marqué le centre de la manifestation, traduisant un profond mécontentement face à la décision politique de reconduire l'équipe gouvernementale.
Colère autour de l'allocation alimentaire
Les soldats désignent un officiel comme le responsable de la suppression de l'allocation alimentaire globale, un élément essentiel pour la vie quotidienne des militaires. Cet officiel est clairement identifié par les militaires comme étant à l'origine de la suppression de cette allocation alimentaire globale, une aide clé pour les hommes de troupe et leurs familles. En 2024, ce ministre avait déclaré publiquement que l'octroi de cette allocation ne constituait pas un droit obligatoire pour les soldats, provoquant alors une première vague d'indignation au sein des troupes. Les promesses de régularisation faites par la suite n'ont pas été suivies d'effets tangibles sur le terrain, selon les militaires, ce qui a aggravé leur frustration.
Depuis six ans, le paiement régulier de cette prime est resté suspendu. Il a été remplacé par des allocations séquentielles, distribuées de manière aléatoire, parfois espacées de six à douze mois. Cette situation crée une incertitude financière constante pour les familles des soldats, affectant gravement leur quotidien et leur moral. Le manque de prévisibilité et la rareté de ces versements ont conduit à une dégradation significative des conditions de vie des militaires.
Perception d'intérêts privés
Pour les manifestants, le maintien de la hiérarchie actuelle et la présence de ministres en poste depuis une décennie ne relèvent pas d'une gestion rigoureuse de l'État. Ils perçoivent plutôt cette continuité comme la préservation d'intérêts financiers privés et de pratiques s'apparentant à de la mafia, selon des déclarations recueillies sur place. Cette perception alimente le mécontentement, déjà exacerbé par la suspension prolongée de l'allocation alimentaire des militaires. Les soldats estiment que les décideurs privilégient des considérations personnelles au détriment du bien-être des forces armées, sacrifiant ainsi la stabilité et la dignité de ceux qui sont censés assurer la sécurité du pays. Cette situation contribue à un climat de défiance envers le gouvernement reconduit, renforçant l'idée que des motivations personnelles priment sur l'intérêt général. La crise des allocations, couplée à cette impression d'intérêts particuliers, cristallise une partie des griefs exprimés par les militaires.
Réactions et contexte politique
La publication de la liste ministérielle, intervenue jeudi 21 mai 2026, a suscité des désaccords au sein de la population civile, notamment dans les quartiers populaires. Les soldats ont affirmé que leurs actions résultaient directement de leur profonde insatisfaction face à la reconduction de l'équipe gouvernementale, une insatisfaction partagée par une partie de la population.
La colère des militaires est particulièrement dirigée contre le maintien du ministre de la Défense, décrit comme un paramilitaire et un douanier, dont la gestion de l'armée nationale est au centre du ressentiment, selon leurs déclarations. Les soldats ont également souligné que le ministre jugé responsable de la dégradation de leurs conditions de vie conserve son poste au sein du cabinet Moloua 3, malgré les promesses non tenues et l'impact négatif sur les troupes. Ce maintien est perçu comme un affront et un signe que leurs préoccupations ne sont pas prises en compte par le pouvoir en place.