Centrafricains exigent la reddition des comptes sur les fonds publics avant de nouvelles nominations

La démission du gouvernement Moloua II a relancé le débat sur la gestion des fonds publics en République centrafricaine au cours de la dernière décennie, mettant en lumière des questions persistantes de transparence et d'efficacité. Cette démission a rouvert la question de la gestion de l'argent public sur les dix dernières années, période durant laquelle le Président Faustin-Archange Touadéra est au pouvoir. Il est à la tête du pays depuis une décennie, une période au cours de laquelle la question de la transparence financière est régulièrement soulevée par la population et les observateurs.

Selon les observateurs avertis de la scène politique et économique centrafricaine, des milliards de francs CFA ont circulé à travers le budget national. Ces fonds provenaient également des appuis budgétaires internationaux, des projets de reconstruction et des financements des partenaires techniques et financiers pendant cette décennie. Cette situation, marquée par d'importants flux financiers et des résultats jugés insatisfaisants par une large partie de la population, alimente les exigences pressantes de reddition des comptes de la part des Centrafricains. Ces derniers souhaitent des clarifications détaillées sur l'utilisation de ces ressources avant toute nouvelle nomination au sein de l'exécutif. Les citoyens, les observateurs et les acteurs de la société civile exigent des explications sur ce que les ministres précédents ont accompli avant que de nouveaux ne soient nommés, soulignant la nécessité d'une rupture avec les pratiques passées.

L'échec des promesses de reconstruction et les défis persistants

Malgré les promesses et les investissements annoncés, les populations de plusieurs régions du pays vivent toujours sans routes praticables, ce qui entrave le développement économique et l'accès aux services. L'accès régulier aux soins de santé ou à l'éducation reste un luxe pour beaucoup, et les perspectives d'emploi sont rares, contribuant à un sentiment général de frustration.

Le secteur de l'éducation est particulièrement touché : les écoles demeurent en ruines ou fonctionnent sous des abris de fortune, offrant des conditions d'apprentissage précaires. Dans plusieurs localités, des enfants sont contraints d'étudier sous des manguiers, faute d'infrastructures adéquates. Le système de santé n'est pas en reste, avec des centres de santé manquant cruellement de médicaments et de personnel qualifié dans plusieurs préfectures. Les hôpitaux, quant à eux, sont sous-équipés, peinant à fournir des soins de base à une population déjà vulnérable.

Au ministère du Travail et de l'Emploi, la question du chômage des jeunes reste non résolue, ce qui alimente une démographie jeune en quête de perspectives. De milliers de Centrafricains vivent encore en situation de déplacement et d'extrême vulnérabilité, avec des problèmes persistants d'assistance humanitaire, de sécurité et d'accès aux services de base pour les réfugiés et les personnes déplacées internes.

L'accès à l'énergie et à l'eau potable reste un problème quotidien majeur, tant dans la capitale Bangui que dans les provinces, malgré les projets financés et les annonces régulières. Les routes, artères vitales pour l'économie, sont toujours dégradées malgré les projets de réhabilitation annoncés. Pire encore, certains chantiers sont abandonnés, et la qualité des travaux livrés est souvent contestée, suscitant l'indignation des usagers et des contribuables. Le stade de 20 000 places de Bangui, malgré un investissement significatif pour sa réhabilitation censée le moderniser, n'est toujours pas homologué pour les compétitions internationales officielles, ce qui prive le pays d'accueillir des événements sportifs majeurs et de bénéficier de leurs retombées.

La République centrafricaine possède d'importantes ressources naturelles, notamment minières, mais les populations locales dans plusieurs zones d'exploitation continuent de vivre dans une profonde pauvreté, sans voir les bénéfices de cette richesse. L'agriculture, pilier de l'économie rurale, reste entravée par un manque criant de soutien technique, des infrastructures rurales insuffisantes et des difficultés persistantes d'accès aux marchés pour les produits agricoles. L'obtention de titres fonciers, que ce soit à Bangui ou en province, demeure un processus long, coûteux et compliqué, créant de l'incertitude et freinant l'investissement.

Investissements ciblés et résultats contestés : le cas des infrastructures militaires et du RCPCA

Dans un autre registre, des ressources financières importantes ont été mobilisées pour la construction d'infrastructures militaires. Ces investissements, s'inscrivant dans le cadre de la modernisation des Forces Armées Centrafricaines, visaient à renforcer les capacités opérationnelles de l'armée et à assurer la sécurité du territoire. Cependant, l'efficacité de ces dépenses est également scrutée, notamment au regard de la persistance de l'insécurité dans certaines régions.

Le Programme de Relèvement et de Consolidation de la Paix en Centrafrique (RCPCA), présenté avec faste lors de la Conférence de Bruxelles, fait également l'objet de demandes d'explications précises concernant son exécution et ses impacts concrets sur le terrain. Les citoyens et les observateurs attendent des clarifications sur la mise en œuvre de ce programme ambitieux, dont les retombées sont encore jugées insuffisantes par de nombreux acteurs. La population et les partenaires internationaux souhaitent comprendre comment les fonds alloués au RCPCA ont été utilisés et si les objectifs fixés ont été atteints.

La demande de transparence accrue : un impératif pour la confiance

Face à ce tableau, les citoyens, les observateurs et les acteurs de la société civile centrafricaine exigent des explications détaillées sur le bilan des ministres sortants avant toute nouvelle nomination au sein du gouvernement. Cette demande vise à établir une plus grande transparence sur la gestion des affaires publiques et des fonds alloués aux différents départements ministériels. Une telle démarche est perçue comme un préalable indispensable pour restaurer la confiance entre les gouvernants et les gouvernés, et s'assurer de l'efficacité et de la probité des futures équipes gouvernementales.

Pour concrétiser cette exigence de transparence, des appels sont également lancés en faveur de l'ouverture d'audits indépendants. Ces audits devraient cibler les ministères clés, ceux qui ont géré les plus grandes parts du budget ou des projets stratégiques, ainsi que les grands projets publics qui ont bénéficié de financements significatifs au cours de la décennie écoulée. L'objectif clair de ces vérifications est de s'assurer de l'utilisation judicieuse des ressources publiques, de l'atteinte effective des objectifs fixés et de la conformité des dépenses avec les normes établies. Cette démarche répond ainsi aux préoccupations croissantes concernant la probité dans la gestion des deniers de l'État et vise à garantir une meilleure gouvernance pour l'avenir de la République centrafricaine.