Mesures phares de Moloua : un coup d'épée dans l'eau ?

le premier ministre felix moloua
Photo via Corbeaunews-centrafrique

Le Premier ministre Félix Moloua a récemment présenté les « mesures phares » de son nouveau mandat en Centrafrique. Ces initiatives, dévoilées publiquement, visent à insuffler une nouvelle dynamique dans la gouvernance du pays. Parmi ces initiatives, il a institué une obligation pour les fonctionnaires de se rassembler chaque lundi afin de procéder à la levée du drapeau national et d'entonner l'hymne. Cette directive vise à renforcer l'unité nationale et l'engagement citoyen au sein de l'administration publique, marquant une volonté de réaffirmer les symboles républicains.

Crise profonde, solutions superficielles

La population centrafricaine subit une pression fiscale jugée étouffante, notamment à travers des taxes élevées sur les hydrocarbures et les transactions numériques telles qu'Orange Money. Ces prélèvements pèsent lourdement sur le pouvoir d'achat des ménages, déjà fragilisé. Dans ce contexte économique tendu, 90% de la population centrafricaine est engagée dans l'agriculture, soulignant la prédominance du secteur primaire et la dépendance économique à ce secteur. Cette dépendance à l'égard de l'agriculture intervient alors que les fonctionnaires, pilier de l'administration publique, n'ont pas vu leurs salaires réévalués depuis près de 30 ans. Cette stagnation des revenus affecte directement leur pouvoir d'achat et leur qualité de vie, dans un pays où les défis économiques restent importants et où l'inflation érode la valeur de leurs rémunérations. Les difficultés financières rencontrées par une large part de la population et des agents de l'État contrastent avec les priorités affichées par le gouvernement.

Discipline et symbolisme ministériel

Parmi les conditions posées par le Premier ministre Félix Moloua à ses ministres, figure l'exigence d'être présent au bureau dès 8h00 du matin. Cette directive s'inscrit dans une volonté affichée de renforcer la discipline au sein de l'appareil gouvernemental, soulignant l'importance de la ponctualité et de l'assiduité des membres du cabinet. M. Moloua a clairement indiqué que les ministres devaient accepter d'être à leur poste dès cette heure matinale.

Cette initiative intervient dans un contexte où la Primature est, selon certaines observations, réduite à la fonction de simple bureau d'enregistrement. Cette perception d'une dévalorisation du rôle de la Primature soulève des interrogations quant à l'efficacité réelle des mesures de discipline ministérielle mises en œuvre, et si elles suffisent à redonner du poids à l'institution. L'accent mis sur la ponctualité des ministres vise à symboliser un renouveau dans l'administration, dans un pays confronté à de nombreux défis structurels et où la performance de l'État est scrutée.

Contexte politique et international

Félix Moloua dirige la Primature de Centrafrique depuis près de cinq ans. Son mandat s'inscrit dans une période complexe pour le pays. Le baromètre du CNC le classe à la 10e position avec une note de 10/20, reflétant une évaluation de sa performance au sein de l'exécutif. Dans ce contexte, les mercenaires russes de Wagner sont accusés de piller les ressources du pays et de commettre des crimes en toute impunité, ajoutant une couche de tensions et de controverses internationales. Des informations indiquent que Moloua aurait dû solliciter une aide extérieure pour conserver son poste à la suite d'un incident impliquant le ministre de la Jeunesse, illustrant les fragilités et les pressions politiques auxquelles il est confronté. Ces éléments contextuels complexes influencent la perception des actions gouvernementales.

Attentes populaires ignorées

La population centrafricaine attend des infrastructures essentielles, notamment l'accès à l'eau et à l'électricité, qui sont des besoins fondamentaux pour le développement et l'amélioration des conditions de vie. Elle aspire également à des hôpitaux décents et des écoles fonctionnelles, garants d'une meilleure santé publique et d'une éducation de qualité pour les jeunes générations. L'établissement d'universités décentralisées figure également parmi les attentes exprimées par les citoyens, selon des observations rapportées, afin de favoriser l'accès à l'enseignement supérieur sur l'ensemble du territoire. Ces revendications populaires, axées sur des services publics concrets et des améliorations tangibles du quotidien, contrastent avec les initiatives gouvernementales récentes, qui semblent privilégier le symbolisme et la discipline administrative.

Les cultivateurs, pour leur part, attendent un soutien concret du gouvernement sous forme de subventions ou d'aides pour relancer des cultures de rente. Des filières comme le café et le coton, qui ont historiquement contribué à l'économie du pays et représenté des sources de revenus importantes pour de nombreuses familles, nécessitent un appui pour être revitalisées. L'absence de mesures concrètes pour soutenir ces secteurs clés de l'économie rurale met en lumière une déconnexion perçue entre les politiques gouvernementales et les besoins pressants de la population.