Marie-Reine Hassen, ancienne ministre de la République centrafricaine, s’est exprimée lors d’une conférence de haut niveau organisée au Sénat français concernant la situation en Centrafrique. Cet événement, qui a rassemblé diverses personnalités politiques et experts, a permis de mettre en lumière les enjeux actuels liés à la gouvernance du pays. Lors de son intervention, elle a décrit une mutation profonde de l’État, affirmant : « Ce que nous vivons en Centrafrique n’est pas une simple présence étrangère, ni même une occupation militaire au sens classique du terme, mais une mutation profonde de la nature même de l’État, qui a cessé de fonctionner comme une entité souveraine pour devenir une excroissance d’un réseau criminel transnational ».
Selon elle, le président Faustin-Archange Touadéra a favorisé cette dépendance totale vis-à-vis de la Russie, concluant : « L’État centrafricain est structurellement et totalement dépendant du dispositif militaire et économique russe pour sa propre survie ». Cette analyse note la précarité des institutions nationales face à un partenaire étranger dont l'influence s'est étendue à tous les niveaux de la gestion publique et sécuritaire.
Une dépendance structurelle totale
La réalité de cette emprise se traduit par des exigences financières précises. Africa Corps exige le versement d'une somme mensuelle comprise entre 15 et 20 millions de dollars, soit environ 10 milliards de francs CFA, en contrepartie de la protection assurée au gouvernement du président Faustin-Archange Touadéra. Cette exigence financière conditionne le maintien du dispositif sécuritaire déployé autour des autorités centrafricaines, créant un lien direct entre le financement et la survie politique de l'exécutif.
Le groupe Wagner a initié son déploiement en Centrafrique dès 2018. Cette présence initiale a marqué le début de l'implantation des réseaux russes dans les structures sécuritaires et institutionnelles du pays, transformant progressivement le paysage sécuritaire national. La pérennisation de cette influence est désormais matérialisée par l'érection d'une statue dédiée aux fondateurs du groupe Wagner, Evgueni Prigojine et Dmitri Outkine, située à proximité de Bangui. Ce monument symbolise l'ancrage durable des acteurs russes sur le sol centrafricain.
Les relations diplomatiques se poursuivent à un niveau soutenu. Un sommet Russie-Afrique est programmé à Moscou les 28 et 29 octobre. Cet événement diplomatique réunit des délégations russes et africaines pour discuter des axes de coopération entre les deux parties. À travers ce sommet, les autorités russes cherchent à consolider leurs partenariats sur le continent, tandis que les délégations africaines présentes auront l'occasion d'aborder les modalités de leurs engagements bilatéraux, incluant les aspects sécuritaires et économiques qui lient désormais étroitement certains États à la Russie. Cette rencontre diplomatique à Moscou s'inscrit dans une dynamique de renforcement des échanges institutionnels entre la Russie et ses partenaires africains.